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Laisser son enfant s’ennuyer : une enfance pleine n’est pas un emploi du temps plein
Faut-il laisser son enfant s'ennuyer ? Ce que la recherche dit de l'ennui, du temps non structuré et de l'autonomie sans culpabiliser les parents.
⏳ Laisser son enfant s’ennuyer – Temps de lecture ~14 minutes

Introduction sur une vie bien pleine
J’ai toujours voulu offrir une enfance pleine à mes enfants. J’y tiens même si parfois cela me met la pression. Des sorties, des voyages, du sport, des découvertes, des journées qui ne se ressemblent pas toutes et dont il restera, je l’espère, quelque chose lorsqu’ils seront grands. Cela fait partie de la manière dont j’ai envie d’être père : ouvrir des portes, leur montrer que le monde est vaste, fabriquer avec eux des souvenirs qu’ils pourront un jour regarder de loin avec le sourire.
Et puis il y a cette phrase qui arrive de temps en temps : « Je m’ennuie. » Elle peut venir au milieu d’un après-midi ordinaire, quand rien n’est prévu pour les trente prochaines minutes. Mon premier mouvement est simple : chercher une solution. Proposer un jeu, une sortie, une idée et oui parfois un écran. Quelque chose qui remette la journée en marche.
Ce réflexe n’a rien de honteux. Il vient souvent de l’envie d’aider, de partager quelque chose, de retrouver un peu de calme ou simplement de répondre à un enfant qui vient vers nous avec un inconfort. Mais à force de travailler sur l’attention, le silence et tout ce que nous remplissons presque automatiquement, une autre question a commencé à me suivre : à force de vouloir remplir leur enfance de belles choses, est-ce que je ne risque pas parfois de remplir aussi les endroits où quelque chose aurait pu venir d’eux ?
Une enfance pleine n’est pas forcément un emploi du temps plein.
Cet article ne cherche donc pas à faire l’éloge de l’ennui, encore moins à culpabiliser les parents qui proposent des activités. Il essaie de regarder ce qui se joue dans ces petits creux : ce que l’enfant ressent, ce qu’il apprend éventuellement à faire de cet inconfort, et la place que nous pouvons lui laisser pour trouver lui-même une partie de la réponse.
Pourquoi le « je m’ennuie » nous met si vite au travail

L’ennui d’un enfant a quelque chose de particulier : il se dépose rarement seulement chez lui. Il entre dans la pièce. Il devient une demande, parfois une plainte, parfois une répétition. Et très vite, nous nous retrouvons à chercher quoi faire de ce temps qui ne sait plus quoi faire de lui-même.
Il serait facile d’en tirer une leçon trop simple : si nous supportons mal leur ennui, c’est que nous supportons mal le nôtre. Cela peut arriver bien sûr, mais ce n’est pas la majorité du temps. Nous pouvons répondre parce que nous sommes disponibles, parce que nous aimons jouer avec eux, parce que la fin de journée est déjà longue, ou parce qu’un enfant de cinq ans n’a pas les mêmes ressources qu’un enfant de dix ans. La parentalité réelle est faite de contextes, de fatigue et de besoins qui ne rentrent pas bien dans les beaux slogans.
La question intéressante est ailleurs à mon sens. Elle apparaît lorsque notre réponse devient presque automatique : l’enfant ne sait pas quoi faire, alors quelqu’un d’autre doit forcément le savoir pour lui. Une activité prend la place du vide avant même qu’il ait eu le temps de chercher par lui-même. Un écran peut parfois remplir cette fonction, mais il n’est pas le seul : une activité éducative, un jeu préparé par l’adulte ou une sortie décidée sur l’instant peuvent faire exactement la même chose.
Aider n’est pas le problème, proposer non plus. Le point de vigilance serait plutôt celui-ci : à quel moment aider devient-il décider systématiquement à sa place de ce qui doit venir après ? Car si chaque creux trouve immédiatement une réponse extérieure, l’enfant dispose peut-être de moins d’occasions d’essayer quelque chose de très ordinaire et pourtant important : chercher lui-même comment réorienter son attention, son envie ou son action.
L’ennui n’est ni un problème à supprimer, ni un superpouvoir
Pour comprendre ce qui se joue, il faut d’abord retirer à l’ennui les deux rôles qu’on lui attribue trop facilement. Ce n’est ni un dysfonctionnement qu’il faudrait supprimer à tout prix, ni une sorte de chambre magique où la créativité se mettrait automatiquement à pousser.
La psychologue Erin Westgate propose de comprendre l’ennui comme un signal. Dans son modèle, il apparaît notamment lorsque nous n’arrivons plus à engager suffisamment notre attention dans ce que nous faisons, ou lorsque l’activité manque de sens pour nous. On peut donc s’ennuyer parce qu’une situation est trop pauvre en stimulation, mais aussi parce qu’elle est trop difficile, trop contrainte ou simplement sans intérêt à nos yeux. L’ennui ne dit pas nécessairement « il ne se passe rien ». Il dit plutôt : « ce qui se passe ici ne parvient plus à m’engager de façon satisfaisante ». (Westgate, 2020)
Cette distinction compte chez l’enfant. Dire « je m’ennuie » n’est pas nécessairement le signe qu’il manque quelque chose à sa journée. C’est parfois simplement le moment où ce qu’il faisait ne fonctionne plus et où il doit réorienter quelque chose. Les travaux d’Anderson et Perone sur des enfants de 4 à 6 ans montrent d’ailleurs que les stratégies utilisées pour faire face à l’ennui sont déjà diverses : certains enfants se tournent vers une activité, d’autres cherchent une interaction sociale, par exemple en demandant à quelqu’un de jouer avec eux. (Anderson & Perone, 2024)
Il faut également distinguer l’ennui ponctuel de la propension à s’ennuyer très souvent. Les recherches sur l’« ennui-trait » s’intéressent à cette tendance plus stable et l’associent à différents processus d’autorégulation. Ce n’est pas la même chose qu’un enfant qui traverse dix minutes de flottement un mercredi après-midi. Autrement dit, laisser exister un peu d’ennui ne revient pas à souhaiter que son enfant s’ennuie beaucoup ou mal.
Et puis il y a la créativité. L’idée est devenue presque une évidence culturelle : « l’ennui rend les enfants créatifs ». La recherche raconte pourtant une histoire plus compliquée. Une revue publiée en 2024 a rassemblé 19 publications correspondant à 27 études menées dans des contextes éducatifs. Elle retrouve des résultats positifs, négatifs, contradictoires et non significatifs. Les auteurs concluent que les données disponibles ne permettent pas d’affirmer un effet causal général selon lequel l’ennui augmenterait la créativité. (Zeißig et al., 2024)
Je trouve cette nuance précieuse. Elle évite de transformer l’ennui en nouvelle obligation éducative. Nous n’avons pas besoin de laisser nos enfants s’ennuyer pour fabriquer de petits génies créatifs.
Ce qui peut devenir fertile n’est peut-être pas l’ennui lui-même. C’est ce que l’enfant apprend à faire de cet inconfort.
Temps libre, jeu libre et ennui ne sont pas la même chose
Il faut ici séparer trois choses que l’on mélange souvent. L’ennui est une expérience subjective. Le temps non structuré décrit une organisation de ce dernier. Le jeu libre est déjà une manière d’occuper ce temps.
Un enfant peut disposer de deux heures sans programme et ne pas s’ennuyer une seconde : il construit, lit, dessine, invente une histoire ou tourne simplement autour de quelque chose qui l’intéresse. À l’inverse, il peut s’ennuyer pendant une activité très organisée, un cours ou même un jeu que quelqu’un d’autre a choisi pour lui. Et lorsqu’il joue librement, il est déjà engagé dans une activité qu’il oriente davantage par lui-même.
Cette distinction est importante parce qu’une partie des recherches intéressantes sur ce sujet portent non pas sur l’ennui, mais sur le degré de structure du temps ou sur le jeu. Elles peuvent éclairer notre question, à condition de ne pas leur faire dire autre chose que ce qu’elles ont réellement mesuré.
Ce qu’un enfant exerce quand personne ne choisit immédiatement à sa place

En 2014, Jane Barker et ses collègues ont demandé aux parents de 70 enfants de 6 à 7 ans de décrire précisément l’emploi du temps de leur enfant. Les chercheurs ont distingué les activités plus structurées, organisées et dirigées par des adultes, des activités moins structurées dans lesquelles l’enfant disposait de davantage de latitude. Ils ont ensuite mesuré ce qu’ils appellent la fonction exécutive autodirigée : la capacité à choisir soi-même les actions à mener pour atteindre un objectif, et à décider quand changer de stratégie.
Dans cet échantillon, davantage de temps passé dans des activités moins structurées était associé à de meilleures performances sur cette mesure. Les auteurs proposent que ces moments puissent offrir davantage d’occasions de s’exercer à générer soi-même ses buts, ses règles et ses transitions. Mais l’étude est corrélationnelle. Elle ne permet pas de conclure que le temps moins structuré cause de meilleures fonctions exécutives ; des enfants déjà plus autonomes peuvent aussi être davantage laissés libres, et d’autres variables peuvent intervenir. (Barker et al., 2014)
Cette prudence ne retire pas l’intérêt du résultat. Elle le replace simplement à sa juste taille. Le temps moins structuré n’est pas une vitamine cognitive dont il faudrait administrer une dose quotidienne. Il peut être l’un des contextes dans lesquels l’enfant rencontre une situation moins écrite à l’avance et doit fabriquer lui-même une partie du chemin.
Les recherches plus récentes sur l’ennui chez les jeunes enfants apportent une pièce supplémentaire. Anderson et Perone ont étudié 130 enfants de 4 à 6 ans et observé que, lorsqu’ils s’ennuient, les enfants mobilisent déjà différentes façons d’y faire face : chercher une stimulation sociale, se tourner vers des jouets ou d’autres activités, essayer de modifier la situation. L’ennui n’est donc pas toujours un état purement passif : chercher comment en sortir peut déjà mobiliser différentes stratégies chez l’enfant. (Anderson & Perone, 2024)
En 2026, Sammy Perone et ses collègues sont allés plus loin avec 83 enfants de 4 à 6 ans. Les enfants ont réalisé pendant cinq minutes une tâche conçue pour être monotone tandis que leur activité cérébrale était enregistrée par EEG. Les parents avaient aussi répondu à trois questions sur la manière dont ils réagissaient lorsque leur enfant s’ennuyait. Parmi ces réponses, les enfants dont les parents déclaraient les laisser davantage chercher eux-mêmes une issue à l’ennui présentaient pendant la tâche un profil EEG que les chercheurs interprètent comme davantage orienté vers l’approche plutôt que l’évitement. (Perone et al., 2026)
C’est un résultat intéressant, précisément parce qu’il se rapproche de la scène ordinaire qui nous occupe. Mais il ne faut pas lui faire dire plus qu’il ne dit. Les réactions parentales étaient déclarées par les parents eux-mêmes, l’échantillon restait limité, et l’étude est transversale et corrélationnelle. Elle ne montre pas que « laisser un enfant se débrouiller » produit ce profil de régulation. L’inverse est aussi possible : un enfant qui sait déjà mieux gérer ce type de moment peut rendre plus facile le fait que ses parents le laissent chercher seul.
Ce que ces travaux dessinent ensemble est donc moins spectaculaire qu’un slogan, mais beaucoup plus intéressant : certains temps moins dirigés peuvent donner à l’enfant des occasions d’exercer une forme d’autonomie. Pas seulement choisir entre deux activités proposées par l’adulte, mais rencontrer cette petite question sans réponse immédiate : maintenant, qu’est-ce que je fais ?
Le creux n’offre pas de la créativité toute faite. Il offre parfois à l’enfant l’occasion d’avoir à produire lui-même la réponse à une petite question : maintenant, qu’est-ce que je fais ?
Ce que nous risquons de remplir à leur place
Je ne veux pas faire moins de choses avec mes garçons. C’est probablement le point le plus important de cet article. Je ne veux pas remplacer les sorties par de l’ennui, les voyages par des après-midi vides ou les moments partagés par une théorie éducative. Les activités organisées ont aussi une valeur immense : elles transmettent des compétences, créent du lien, ouvrent le monde, donnent des repères et parfois des passions pour toute une vie. Le rapport de l’American Academy of Pediatrics sur le jeu rappelle d’ailleurs combien le jeu, qu’il soit partagé ou libre, participe au développement social, émotionnel, cognitif et à l’autorégulation. (Yogman et al., 2018, réaffirmé en 2025)
Ce que j’essaie plutôt de protéger, c’est une proportion, un équilibre. La possibilité que tout ne soit pas déjà écrit. Nous pouvons remplir une enfance : cours, sports, anniversaires, écrans, sorties, devoirs, week-ends organisés. Chacune de ces choses peut être bonne en elle-même. Mais leur accumulation peut finir par faire disparaître ces petites zones sans scénario dans lesquelles l’enfant n’attend pas seulement la prochaine consigne. Ma sensation est aussi que si toutes ces choses un peu exceptionnelles deviennent la norme, elles perdent ce qui les rendait précieuses..
Je pense aussi que nous transmettons quelque chose par la manière dont nous répondons à ces moments. Si chaque « je m’ennuie » produit immédiatement une solution extérieure, je me demande alors quel message nous risquons parfois de transmettre : que tout creux appelle nécessairement quelqu’un ou quelque chose pour le remplir. Si nous laissons au contraire quelques secondes, quelques minutes, quelques espaces où la réponse n’arrive pas tout de suite, un autre message devient possible : ce moment est inconfortable, mais il n’est pas dangereux. Tu peux chercher. Quelque chose peut venir de toi.
Ce n’est pas une opposition entre bons parents qui laissent s’ennuyer et mauvais parents qui occupent leurs enfants. Il y aura des jours où nous proposerons immédiatement quelque chose, parce que nous en avons l’envie et l’énergie ou parce que c’est ce dont la famille a besoin. Il y aura d’autres jours où l’écran sera très bien. L’enjeu n’est pas de purifier l’enfance du divertissement. Il est simplement de ne pas considérer tous les blancs comme des ratés à corriger.
Je ne veux pas faire moins avec eux. Je veux simplement arrêter de croire que tous les espaces entre ces choses doivent aussi venir de moi. Et en tant que père solo, pour mon équilibre, il me faut aussi des moments où je peux un peu relâcher.
Protéger les creux
Je n’ai pas envie de proposer une méthode toute faite. Il n’existe pas, à ma connaissance, de quota scientifiquement établi de minutes d’ennui qu’il faudrait offrir à un enfant. L’âge, le tempérament, le contexte familial et même la fatigue du jour changent énormément la situation. Mais on peut peut-être protéger quelques creux.
J’appelle ainsi un moment dans lequel rien n’a été préparé à l’avance pour occuper l’enfant. Pas un temps de punition ni une épreuve volontairement ennuyeuse. Juste une petite portion de semaine où aucune activité n’attend déjà derrière la porte. Cela peut être après le goûter, un morceau de dimanche, un temps entre deux choses. La durée importe moins que le principe : laisser un endroit du calendrier sans scénario.
Lorsque le « je ne sais pas quoi faire » arrive, on peut d’abord l’accueillir sans chercher immédiatement à l’effacer : « Oui, tu ne sais pas encore quoi faire. » Puis attendre un peu. Pas dans l’indifférence, mais dans la confiance. Chez un enfant plus jeune ou réellement bloqué, on peut offrir un cadre plutôt qu’une solution : rappeler que les crayons sont disponibles, que les Lego sont là, que le jardin est ouvert, ou simplement demander ce dont il aurait besoin pour commencer. L’idée n’est pas de le laisser seul avec quelque chose qu’il ne peut pas encore réguler. Elle est d’éviter d’écrire le jeu entier à sa place.

Et il y a un détail qui compte pour moi : ne pas transformer cette pratique en nouvelle performance parentale. Si, au bout de trois minutes, je finis par proposer quelque chose, je n’ai pas échoué. Si nous passons un après-midi devant un film, nous n’avons pas gâché leur autonomie. Protéger les creux n’est pas une règle supplémentaire dans une parentalité qui en contient déjà beaucoup. C’est une permission : celle de ne pas toujours avoir à produire la prochaine chose.
Peut-être qu’au fond, le premier creux à protéger est aussi en nous. Ces cinq secondes pendant lesquelles nous pouvons nous demander : est-ce que mon enfant a réellement besoin que je résolve ce moment, ou est-ce que je peux encore lui laisser un peu d’espace pour voir ce qu’il en fera ?
Protéger un creux, ce n’est pas abandonner l’enfant à son ennui. C’est ne pas décider trop vite à sa place de ce qui doit venir après.
Pour aller plus loin dans Symbiose
Cette réflexion prolonge directement deux chemins déjà ouverts dans Symbiose. Dans « Transmettre l’attention à ses enfants », j’explore ce que nos propres habitudes attentionnelles enseignent sans discours. Dans « Apprendre à ne rien faire », la question est davantage celle de notre rapport adulte aux moments sans stimulation. « Peur du silence : pourquoi avons-nous besoin de tout remplir ? » poursuit le même fil sous un autre angle : ce que nous rencontrons lorsque le bruit se retire.
Le sujet de cet article est plus étroit : non pas apprendre à aimer le vide, mais laisser parfois à l’enfant une petite part d’expérience qui ne soit pas déjà organisée pour lui. C’est une autre manière de transmettre l’attention : non seulement par ce que nous montrons, mais par l’espace que nous acceptons de ne pas remplir.

Conclusion du refuge – Ce que je veux garder
Je continuerai à préparer des sorties. À vouloir leur montrer des endroits. À remplir la voiture pour partir quelque part et à chercher des choses qui feront briller leurs yeux. Je crois profondément à la richesse de tout ce que l’on découvre ensemble et à la valeur des souvenirs qui en découleront.
Mais j’aimerais aussi qu’il reste, au milieu de cette enfance, quelques endroits que je n’aurai pas remplis pour eux. Des moments sans programme, suffisamment sûrs pour qu’ils puissent tâtonner. Des minutes un peu longues où une idée finira peut-être par venir, ou pas. Un espace où ils apprendront que tout ce qui compte n’arrive pas toujours de l’extérieur.
Une enfance pleine n’est peut-être pas une enfance dans laquelle nous aurons réussi à tout mettre. Elle peut aussi être une enfance dans laquelle nous aurons laissé assez de place pour que quelque chose commence sans nous.
Et peut-être qu’éduquer, parfois, consiste aussi à savoir se tenir juste à côté de cet espace sans se précipiter pour le remplir.
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Prends soin de toi, et des espaces que tu laisses grandir.
Voyageur ✨
Tout ce qui pousse
n’a pas besoin d’avoir été planté par nous.
FAQ – Laisser son enfant s’ennuyer
Pourquoi laisser son enfant s’ennuyer ?
Laisser parfois un enfant traverser un moment d’ennui peut lui donner l’occasion de chercher par lui-même quoi faire ensuite. Certains travaux montrent que le temps moins structuré est associé à une meilleure capacité à organiser seul son activité, et qu’un enfant peut mobiliser différentes stratégies pour sortir de l’ennui sans qu’un adulte décide immédiatement à sa place. Une étude publiée en 2026 a également observé un lien entre le fait que les parents laissent davantage leur enfant chercher lui-même une activité et certaines réponses cérébrales associées à une attitude plus tournée vers l’action pendant une tâche ennuyeuse. Ces résultats sont intéressants, mais ils restent corrélationnels : ils ne permettent pas d’affirmer que laisser un enfant s’ennuyer le rend automatiquement plus autonome.
Combien de temps faut-il laisser un enfant s’ennuyer ?
Il n’existe pas de durée universelle ou de quota scientifiquement validé. L’âge, le tempérament, le niveau d’autonomie et le contexte comptent davantage qu’un nombre de minutes. L’objectif n’est pas de provoquer l’ennui, mais de préserver régulièrement un peu de temps qui n’est pas déjà organisé par l’adulte et d’ajuster l’accompagnement à ce que l’enfant est capable de gérer.
Que répondre quand son enfant dit « je m’ennuie » ?
On peut commencer par accueillir la phrase sans fournir immédiatement une solution : « Tu ne sais pas encore quoi faire. » Puis laisser un peu de temps. Si l’enfant reste bloqué, surtout lorsqu’il est jeune, on peut proposer un cadre plutôt qu’une activité entièrement écrite : rappeler les ressources disponibles, ouvrir un espace de jeu, poser une question ou offrir quelques possibilités sans décider à sa place de la suite.
Est-ce vrai que l’ennui rend les enfants plus créatifs ?
Ce lien est souvent présenté comme une évidence, mais les données sont beaucoup plus nuancées. Une revue de 2024 portant sur 27 études en contexte éducatif retrouve des résultats positifs, négatifs, contradictoires ou non significatifs et ne permet pas de conclure à un effet causal général de l’ennui sur la créativité. Certaines situations d’ennui peuvent précéder des réponses créatives, mais l’ennui n’est pas en lui-même une méthode fiable pour rendre un enfant plus créatif.
Sources de l’article « Laisser son enfant s’ennuyer »
Westgate, E. C. (2020). Why Boredom Is Interesting. Current Directions in Psychological Science, 29(1), 33-40. DOI: 10.1177/0963721419884309.
Barker, J. E., Semenov, A. D., Michaelson, L., Provan, L. S., Snyder, H. R. & Munakata, Y. (2014). Less-structured time in children’s daily lives predicts self-directed executive functioning. Frontiers in Psychology, 5, 593. DOI: 10.3389/fpsyg.2014.00593.
Anderson, A. J. & Perone, S. (2024). The kids are bored: Trait boredom in early childhood and links to self-regulation, coping strategies, and parent-child interactions. Journal of Experimental Child Psychology, 243, 105919. DOI: 10.1016/j.jecp.2024.105919.
Perone, S., Vaughan, A. M., Anderson, A. J. & Weybright, E. H. (2026). How Parents Support Their Children’s Boredom Relates to Dynamics of Neurophysiological Correlates of Self-Regulation. Infant and Child Development, 35(4), e70119. DOI: 10.1002/icd.70119.
Zeißig, A., Kansok-Dusche, J., Fischer, S. M., Moeller, J. & Bilz, L. (2024). The association between boredom and creativity in educational contexts: A scoping review on research approaches and empirical findings. Review of Education, 12(1), e3470. DOI: 10.1002/rev3.3470.
Yogman, M., Garner, A., Hutchinson, J., Hirsh-Pasek, K. & Golinkoff, R. M. et al. (2018). The Power of Play: A Pediatric Role in Enhancing Development in Young Children. Pediatrics, 142(3), e20182058. Clinical report reaffirmed January 2025. DOI: 10.1542/peds.2018-2058.
